Antonius Vertragus

Antonius Vertragus

Levrier ecossais

Le Deerhound LEVRIER ECOSSAIS

UN CHENIL FRANCAIS DE DEERHOUNDS


Un merveilleux lot de sujets comportant des champions que la qualité permettrait d'engager avec succès dans les expositions d'Angleterre assure à l'élevage du Clos-Béguin une lignée de reproducteurs d'élite.


M. Jacques Boulanger a, en quelques mots, admirablement caractérisé ce bel et noble animal de chasse qu'est le Lévrier d'Ecosse, qui, dans les vastes contrées du Canada, sait impitoyablement tuer le grand loup des prairies : "Fort et fin comme une lame d'acier, souple et résitant comme elle, le Deerhound est le plus charmant des compagnons et un admirable animal de sport."

CARACTERES MORAUX. Comme tous les Lévriers, le Deerhound ou Lévrier écossais (Highland greyhound, le nomme-t-on encore parfois en Ecosse) est un chasseur. C'est même un chasseur remarquable pour le gros gibier : daim, cerf, loup. Un amateur canadien, prossesseur d'admirables animaux de chasse, avec lesquels il chasse le grand loup des prairies dans les vastes plaines neigeuses de l'Amérique du Nord, projette de chasser l'antilope en Afrique avec des Deerhounds, tant il a confiance en leur vigueur et en leur rapidité.

En France, où il est interdit de se servir des Lévriers pour la Chasse, le Deerhound est, avant tout, un Chien de luxe, de garde, un compagnon de promenade ou de sport. Il se fait remarquer : par son intelligence qui le rend apte à tous les usages, par sa force qui peut en faite un redoutable adversaire, par sa grâce, par une sorte d'indolence plus apparente que réelle, par sa docilité qui lui permettent, malgré sa taille, de tenir sa place dans un salon, par sa vitesse qui en fait l'ami du cavalier. Il est avec cela loyal et affectueux pour son maître et souvent distant pour les étrangers. Son poil, allant du gris bleu au bringé marron, est rude ; il lui donne un aspect plus frustre que celui de maints autres Lévriers, auxquels il ne le cède cependant en rien pour l'élégance des lignes. Ce poil est assez épais pour le rendre résistant au froid, à la pluie et aux intempéries ; il n'est pourtant pas nécessaire de le toiletter constamment.

ORIGINE DU DEERHOUND. Un panneau de la Royale Académie de Londres comporte un remarquable tableau : la Battue au Cerf, du célèbre peintre animalier anglais sir Edwin Landseer, que notre confrère Henry Sodenkampf a ainsi commenté : "La scène que représente le tableau se passe dans les Highlands (hauts plateaux) d'Ecosse. Une harde de cerfs, dont plusieurs ont été dotés par l'artiste de bois superbes, tels qu'on en voit rarement réunis dans une même troupe, vient de passer en galop furieux devant l'endroit où le chasseur dissmule sa présence. La balle de sa carabine se chargeant par la bouche a abattu, à très courte distance, un des rois de la forêt. Le chasseur retient deux Deerhounds qui l'accompagnent, tandis que le garde recharge le fusil. Et le disciple de Nemrod a raison de retenir ses beaux Lévriers écossais, car la balle pénétrant au défaut de l'épaule a frappé à mort le cerf majestueux. La poursuite sera donc inutile, selon toutes probabilités, et les grands Lévriers n'auront pas à lutter de vitesse avec le cerf blessé, pour le forcer et au besoin le tenir en respect ou même, d'après les circonstances, le terrasser jusqu'à l'arrivée du chasseur.

Le tableau de Landseer date d'une époque où les battues aux cerfs étaient en vogue, alors qu'actuellement les chasses aux cerfs se font presque exclusivement à l'approche. Le Deerhound, cependant, continue à rendre les mêmes services dans quelques chasses. Il est resté le Chien pour la chasse au cerf et au daim, comme son nom l'indique. On les voit bien rarement à nos expositions, ces grands et fiers Chiens, si typiques pourtant, si dignes de devenir les favoris de quelques-uns de nos grands amateurs, et cela d'autant plus que les Deerhounds sauraient parfaitement lutter de vitesse dans les Courses en ligne droite organisées en Belgique pour les Lévriers anglais et les Barzoïs.

Le Lévrier à poil dur ou "rough Greyhound" appartient aux races dont les Anglais sont fiers à juste titre comme appartenant exclusivement aux Îles Britanniques. Le Deerhound était déjà employé par les Anglo-Saxons pour chasser le sanglier, le loup et les diverses sortes de cerfs. A travers les siècles, il a porté les noms les plus différents : "Chien de loup irlandais", "Lévrier écossais", "Lévrier à poil dur", "Lévrier des hauts plateaux". Plusieurs écrivains ont prétendu que le Deerhound provenait de l'ancien Wolfhound irlandais. D'autres plaident une cause contraire et disent que les Irlandais se sont servis du Deerhound pour faire leur Wolfhound. Le fait est que le Wolfhound ancien a complètement disparu, et ce que l'on expose actuellement comme Wolfhounds ne sont que des croisements de Deerhounds avec des Dogues allemands.

Le fait de posséder un Deerhound était autrefois la caractéristique d'une personne de qualité. Ces chiens avaient une grande valeur ; un manuscrit ancien publié par le Rév. T. W. Sneyd nous apprend qu'en l'an 800 un meurtre fut commis et que le coupable fut condamné à payer 200 marks, dix Deerhounds et dix faucons !"

Une vieille gravure écossaise trouvée dans un coin de Normandie, datée des environs de 1830, montre aussi deux beaux spécimens de Deerhounds accompagnant les chevaux du seigneur chargés des cerfs qu'ils viennent de mettre à mort. Les méthodes de chasse au daim ont sans doute évolué depuis cette époque, mais les lignes générales du Chien sont demeurées les mêmes, avec cette différence de détail qu'il apparaît un peu plus étoffé, plus musclé que ceux des familles dont on a fait exclusivement des Chiens de luxe ou de compagnie ; mais leur type aristocratique n'a pas varié.

Pour les amateurs qui ont la passion du poil dur, le Deerhound a vraiment belle allure. Il est bâti en galopeur, en même temps qu'il offre l'assurance d'une force et d'une résistance supérieures à celle des autres Lévriers. Peut-être ne pourrait-il pas toujours lutter de vitesse avec le Greyhound, mais il galope plus longtemps ; l'effort est moins vivement soutenu, mais il l'est sur une plus longue distance. Le Deerhound se fait de plus en plus rare en Ecosse, son pays d'origine, les propriétaires ayant dû réduire ou supprimer leurs meutes ; mais il reste des amateurs qui maintiennent la race et présentent des sujets dans les expositions.

UN BEL ELEVAGE. Il n'existe, à notre connaissance, qu'un seul Elevage de Deerhounds en France, mais un Elevage de qualité que vous pouvez considérer comme modèle autant par la qualité de ses sujets, capables de concourir au succès avec les plus beaux spécimens britanniques que par ses installations parfaitement et logiquement comprises, c'est celui du Clos-Béguin, à Notre-Ddame-du-Vaudreuil, dont les succès dans les concours sont nombreux (1). M. Violet, le talentueux cinégraphiste de la Bataille et d'autres admirables films, et Mme Violet ont transformé une vieille masure normande en une ravissante habitation aux champs et aménagé leur propriété en un élevage d'amateur fort original dont les installations comprennent : chenils, poulaillers, pigeonniers, volières, rucher, cours d'ébats avec parcours, terrain d'entraînement ou champ de courses pour les Chiens. Vous trouverez le plus grand intérêt à lire la description et à contempler les images de cet ensemble dans un prochain numéro.

Mme Violet s'est particulièrement enthousiasmée pour le Deerhound dont elle a commencé l'élevage en 1914 et qu'elle a surtout développé après la guerre. Elle possède aujourd'hui une meute d'une vingtaine d'étalons, de lices et de jeunes d'un modèle à la fois élégant et robuste, le type du vrai Chien de chasse, du Chien de travail.

Les deux premiers reproducteurs de son Chenil après la guerre furent la lice Dourga et l'étalon Romney. Elle importa ensuite plusieurs autres sujets, dont le plus célèbre est Champion Malcolm, né en 1921, dont le père est Wallace et la mère Lilliaz, qui fit sensation et décrocha les prix dans toutes les expositions continentales où il fut exposé. Bringé gris, au poil rude, aux yeux très foncés, c'est le type parfait du Deerhound.

Les principales lices sont Dourga, inscrite au livre des origines du Kennel-club, Chienne importée dont le père est Colin of Ruritania et la mère Yvette of Ruritania, tous deux inscrits au Kennel-club ; cette Chienne remporta les premiers prix partout où elle fut présentée. Annott, au poil rude bringé marron foncé, aux yeux grands et foncés, au masque noir dont le père est Britons boy et la mère Shenlack Beulat ; Aïcha, du Clos-Béguin, née à l'élevage dont le père est Romney et la mère Dourga, etc. Ce sont des sujets de qualité, point de départ de fort intéressantes lignées dont les présentations en groupe dans les expositions font sensation. C'est ainsi que le lot unique de huit Deerhounds exposé pour la première fois en France et à l'étranger remporta plusieurs prix d'honneur.

APPRECIATION MOTIVEE. Voulant se faire une opinion beaucoup plus nette encore sur la valeur de ses sujets, par comparaison avec ceux que l'on présente dans les expositions anglaises, Mme Violet tint à visiter en Février dernier le grand "évent" qu'est l'exposition canine de Cruft, où elle a fait les observations suivantes :





 

 

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